Transition post-polio en Irak : un modèle pour pérenniser les systèmes de santé au Tchad
L'Irak est devenu, en janvier 2024, le premier pays de la région OMS de la Méditerranée orientale à achever sa transition post-polio.

Les moyens humains, techniques et financiers qui servaient uniquement à éradiquer la poliomyélite ont été intégrés au système de santé national, et c'est désormais le budget irakien qui les fait vivre. Ce parcours, présenté le 1er octobre 2026 au Caire lors de la semaine virtuelle précédant la 73ᵉ session du Comité régional de l'OMS pour la Méditerranée orientale, parle directement aux pays qui, comme le Tchad, continuent de s'appuyer largement sur les financements extérieurs pour leurs campagnes de vaccination.
Un héritage bien plus large que la polio
Derrière le mot « transition » se cache une décision politique forte. Comme l'a résumé le Dr Hani Moussa Badr Al-Aqabi, directeur technique adjoint au ministère irakien de la Santé, cette étape représente bien plus que la fin d'un financement externe pour un programme vertical; elle traduit la volonté de préserver les connaissances, les personnels, les systèmes et les infrastructures bâtis pendant des décennies de lutte antipolio, et de les fondre dans un système national plus solide et plus durable.
Concrètement, le pays a basculé en quelques années, de 2019 à 2024, d'une logique de projet à une logique d'État: transfert progressif des fonctions de surveillance, du laboratoire et des équipes vers un financement domestique, planification anticipée, montée en capacité des institutions nationales. Le directeur général de la Direction de la santé publique irakienne, le Dr Riyadh Abdelameer Alhilfi, a détaillé cette feuille de route par phases devant les délégués, insistant sur l'importance d'un transfert financièrement et institutionnellement assumé par le pays.
Une vigilance qui ne s'éteint pas
L'Irak le sait mieux que personne: avoir été déclaré exempt de polio ne signifie pas que le virus a disparu. En 2014, alors que le pays pensait la maladie derrière lui, le poliovirus sauvage a de nouveau été détecté, révélant des poches d'enfants non vaccinés et la nécessité de maintenir une surveillance active, même en période d'accalmie. Une riposte rapide a évité toute diffusion supplémentaire.
Aujourd'hui, cette surveillance repose sur 150 établissements de santé et 12 sites de surveillance environnementale, y compris dans les zones à plus haut risque. Le laboratoire national, qui continue de tester les échantillons de poliovirus, a même élargi ses compétences depuis 2025 au dépistage du rotavirus. Autrement dit, les mêmes mains, les mêmes machines, les mêmes réseaux servent désormais à repérer d'autres menaces pour les enfants.
Ce que le Tchad peut faire sien
Pour les parents comme pour les équipes de terrain, l'expérience irakienne n'est pas un modèle à copier mot pour mot, mais une boussole. Elle rappelle trois principes essentiels: la polio ne reste vaincue que lorsque la surveillance devient permanente et financée par l'État; les infrastructures de vaccination, laboratoire, logistique, agents communautaires, prennent tout leur sens quand elles sont pensées dès le départ pour servir plusieurs maladies; et la transition ne se décrète pas, elle se prépare sur plusieurs années, en associant tôt les partenaires techniques comme l'OMS et l'UNICEF.
À l'heure où le Tchad poursuit son combat contre la polio, ces réflexes, mis en lumière par les délégués irakiens lors du Comité régional, dessinent une voie patiente mais réaliste: transformer chaque goutte de vaccin déposée dans la bouche d'un enfant en un morceau de système de santé durable.