Dépistage de la malnutrition aiguë : les parcours de soins au Tchad
« Le bracelet paraît-il trop lâche? » Cette inquiétude revient souvent lorsque les parents apprennent à mesurer le périmètre brachial de leur enfant.

Dépistage de la malnutrition aiguë: les parcours de soins au Tchad
Le dépistage de la malnutrition aiguë chez l'enfant au Tchad peut commencer à la maison, avec un ruban coloré, puis se poursuivre au centre de santé. Comprendre ce que chaque étape permet de repérer aide à agir tôt, sans transformer une mesure en diagnostic posé seul.
La malnutrition aiguë se reconnaît chez l'enfant par des signes cliniques et anthropométriques précis, identifiés lors d'un examen de dépistage: un faible poids-pour-taille, un périmètre brachial bas ou la présence d'œdèmes bilatéraux — un gonflement des deux pieds. Ces critères, croisés entre eux et avec l'état général de l'enfant, permettent d'évaluer la situation nutritionnelle. Elle peut fragiliser l'organisme et rendre les infections plus dangereuses, d'où l'intérêt d'un repérage précoce et d'une prise en charge graduée. D'après une analyse du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire et nutritionnelle (IPC) couvrant octobre 2025 à septembre 2026, environ deux millions d'enfants de 6 à 59 mois devraient être touchés au Tchad. Derrière cette projection, il y a des enfants dont la croissance mérite une attention rapide, et des familles qui ont besoin d'un parcours de soins lisible.
La PCIMA, un parcours organisé autour du dépistage et des soins
Au Tchad, la prise en charge s'appuie sur la PCIMA, la Prise en Charge Intégrée de la Malnutrition Aiguë. Elle associe le dépistage, l'évaluation de l'état de santé de l'enfant et son orientation vers une structure adaptée. L'objectif est de repérer les signes de malnutrition assez tôt pour proposer des soins correspondant à la gravité de la situation.
Le dépistage peut se faire de deux façons. Il est dit actif lorsque les familles, les relais communautaires ou les agents de santé recherchent les enfants qui pourraient être concernés. Il est dit passif lorsqu'un enfant est évalué au centre de santé, par exemple à l'occasion d'une consultation, d'une vaccination ou d'un suivi de croissance. Ces deux portes d'entrée se complètent: une famille peut remarquer un changement à la maison, tandis qu'une consultation permet de mesurer et d'examiner l'enfant dans un cadre clinique.
La décision d'orientation dépend ensuite de plusieurs éléments. L'équipe de santé évalue les mesures anthropométriques, recherche notamment des œdèmes bilatéraux — un gonflement des deux pieds — et observe l'état général de l'enfant, son appétit et la présence éventuelle de complications. Les mesures aident à classer la situation; l'examen clinique permet de choisir le niveau de soins approprié. Une fièvre, une diarrhée persistante, une toux prolongée ou des signes d'anémie peuvent ainsi orienter la décision autant que le chiffre inscrit sur le ruban.
Il existe ainsi des prises en charge ambulatoires pour certains enfants atteints de malnutrition aiguë sévère sans complication, des unités d'hospitalisation lorsque l'état médical l'exige, et des centres qui accueillent les enfants souffrant de malnutrition aiguë modérée. Le nom précis et la disponibilité des structures peuvent varier selon les zones. Le centre de santé ou l'équipe nutritionnelle locale peut indiquer où se rendre et organiser la référence. Dans plusieurs districts, la PCIMA fonctionne en lien avec le Programme national de nutrition et les partenaires techniques qui appuient la formation des agents et l'approvisionnement en intrants thérapeutiques.
Dépister tôt: le rôle des familles et de la communauté
Le suivi nutritionnel communautaire rend le dépistage plus proche du quotidien des familles. Dans certaines approches, les mères et les autres personnes qui s'occupent de l'enfant apprennent à utiliser un ruban de mesure du périmètre brachial, souvent appelé PB ou MUAC. On l'enroule autour du bras, à mi-distance entre l'épaule et le coude, en suivant les consignes montrées par un agent de santé. La mesure se prend sur le bras gauche, sans vêtement épais qui fausserait le résultat.
Le ruban est généralement gradué par couleurs. Ces repères aident à reconnaître qu'un résultat nécessite une évaluation ou une orientation vers un centre. Ils ne remplacent toutefois pas l'examen clinique, et la mesure peut être faussée si le ruban est mal placé, trop serré ou trop lâche. Si vous avez un doute sur le geste ou sur la couleur observée, montrez le ruban à un agent de santé plutôt que de tenter de conclure seul. Une lecture erronée est possible, et c'est précisément pour cela que le dépistage à domicile s'inscrit dans une chaîne, et non comme un acte isolé.
L'approche dite « Maman-PB » a été mise en œuvre dans la province du Ouaddaï à partir de 2018 par Première Urgence Internationale. Dans les zones où elle a été documentée, la part du dépistage réalisée par les familles a atteint 85,5 %, contre 79,6 % lorsque le dépistage était assuré par les agents de santé communautaires. La proportion d'enfants diagnostiqués avec une émaciation sévère qui ont été admis dans un établissement de santé est également passée de 50,2 % à 63,2 %.
Ces résultats montrent l'intérêt d'impliquer les familles dans le repérage. Ils ne signifient pas que cette approche est appliquée partout au Tchad ni qu'elle se substitue au travail des équipes de santé. Son apport tient à une idée simple: lorsque les personnes qui prennent soin de l'enfant disposent d'un outil et savent comment s'en servir, elles peuvent demander conseil plus tôt. Le gain de temps entre l'apparition des premiers signes et la première consultation fait souvent la différence dans la réponse aux soins.
Un ruban peut donner l'alerte; c'est l'évaluation au centre de santé qui précise la suite des soins.
Un dépistage précoce ne demande pas aux parents de poser un diagnostic. Il leur donne un moyen d'ouvrir la conversation avec un professionnel et d'éviter d'attendre que l'état de l'enfant se dégrade. Une perte de poids visible, un bras qui paraît plus maigre, une baisse d'énergie ou des difficultés à manger méritent d'être signalés, surtout si plusieurs signes apparaissent ensemble. Ces observations ne suffisent pas à confirmer une malnutrition, mais elles justifient de demander une évaluation. Une surveillance attentive reste utile même quand la couleur lue se trouve juste au-dessus du seuil: la mesure peut varier d'un jour à l'autre en fonction de l'état d'hydratation et de l'alimentation récente.
Comprendre les mesures et les critères d'admission
Pour les enfants de 6 à 59 mois, le périmètre brachial fait partie des critères utilisés pour identifier la malnutrition aiguë. Il se mesure en millimètres ou en centimètres. Les seuils suivants permettent de comprendre les catégories nutritionnelles, mais leur interprétation doit s'inscrire dans l'évaluation réalisée par un professionnel.
| Situation nutritionnelle | Repère de périmètre brachial | Autres critères mentionnés |
|---|---|---|
| Malnutrition aiguë sévère (MAS) | Moins de 115 mm, soit 11,5 cm | Poids-pour-taille inférieur à −3 z-scores ou œdèmes bilatéraux des membres inférieurs |
| Malnutrition aiguë modérée (MAM) | De 115 mm à moins de 125 mm | Poids-pour-taille compris entre −3 et −2 z-scores |
Le z-score compare la mesure d'un enfant à une référence de croissance pour son âge et sa taille. Le poids-pour-taille, souvent abrégé P/T, situe le poids de l'enfant par rapport à sa taille. Un résultat sous −3 z-scores est un critère de malnutrition aiguë sévère; entre −3 et −2, il correspond à la catégorie modérée. Le professionnel interprète ces mesures avec les autres éléments cliniques. Le test d'appétit, qui consiste à observer si l'enfant consomme l'aliment thérapeutique proposé lors de l'admission, fait également partie des critères utilisés pour orienter vers une prise en charge hospitalière ou ambulatoire.
Une mesure de PB inférieure à 115 mm peut ainsi conduire à une évaluation pour malnutrition aiguë sévère. Un œdème bilatéral peut également être un critère de MAS, même si le chiffre du ruban ne paraît pas à lui seul alarmant. À l'inverse, un résultat situé dans une plage donnée ne résume pas tout l'état de santé de l'enfant: son appétit, ses symptômes et la recherche de complications font partie de la décision. Les œdèmes bilatéraux nutritionnels se distinguent des œdèmes d'autres origines par leur apparition graduelle et leur localisation; seul l'examen clinique permet de trancher.
La catégorie modérée n'est pas synonyme d'absence de risque. Elle appelle elle aussi un suivi et une prise en charge, afin de soutenir la récupération et de repérer rapidement une aggravation éventuelle. Si un enfant a du mal à s'alimenter, semble très affaibli ou présente un gonflement des deux pieds, il faut consulter sans attendre une nouvelle mesure à domicile. La frontière entre MAM et MAS peut se franchir en peu de temps lors d'une maladie infectieuse, et c'est l'un des arguments en faveur d'un suivi rapproché plutôt que d'un contrôle espacé.
À quelle structure l'enfant est-il orienté?
Après le dépistage, le personnel de santé détermine où les soins doivent être dispensés. Au Tchad, les structures sont désignées par plusieurs sigles: CNA ou UNA pour la prise en charge ambulatoire de la malnutrition aiguë sévère sans complications; CNT ou UNT pour les cas sévères qui nécessitent une hospitalisation; CNS ou UNS pour les cas de malnutrition aiguë modérée.
| Structure | Enfants concernés | Type de prise en charge |
|---|---|---|
| CNA / UNA | Malnutrition aiguë sévère sans complication médicale | Suivi ambulatoire, avec des aliments thérapeutiques prêts à l'emploi |
| CNT / UNT | Malnutrition aiguë sévère avec complications médicales ou anorexie | Hospitalisation et soins adaptés à l'état de l'enfant |
| CNS / UNS | Malnutrition aiguë modérée | Prise en charge nutritionnelle et suivi |
Le parcours ambulatoire permet à l'enfant qui ne présente pas de complication médicale d'être suivi sans hospitalisation. Les aliments thérapeutiques prêts à l'emploi font partie de cette prise en charge. Le suivi par l'équipe est essentiel: il permet d'observer l'évolution et de réévaluer la situation. Les parents reçoivent des indications sur la fréquence des visites et la conduite à tenir selon les services disponibles localement. Le retour au domicile entre les visites suppose que la famille dispose des quantités nécessaires d'aliments thérapeutiques et sache comment les administrer.
Lorsque des complications médicales sont présentes, ou lorsque l'enfant souffre d'anorexie, c'est-à-dire qu'il refuse de s'alimenter, une hospitalisation en CNT ou en UNT est indiquée. Ce niveau de soins permet une surveillance et un traitement qui ne peuvent pas être assurés par une prise en charge ambulatoire seule. Une suspicion de forme sévère associée à un enfant très malade doit donc être portée rapidement à l'attention d'un professionnel. La présence de vomissements répétés, d'une hypoglycémie ou d'une hypothermie figurent parmi les situations qui imposent une hospitalisation.
Pour la malnutrition aiguë modérée, l'orientation se fait vers un CNS ou une UNS. L'équipe y organise la prise en charge et le suivi nutritionnel. La situation peut évoluer: si l'enfant perd davantage de poids, développe une complication ou ne parvient plus à s'alimenter, le niveau de soins peut être réévalué. La passerelle entre MAM et MAS justifie que les parents gardent le contact avec l'équipe qui suit l'enfant et signalent sans attendre tout changement inhabituel.
Dans la pratique, les sigles ne sont pas toujours familiers, et toutes les familles n'ont pas les mêmes possibilités de déplacement. Vous pouvez demander au centre de santé le nom de la structure de référence, son emplacement et les consignes pour le prochain rendez-vous. Si le trajet est difficile, signalez-le à l'équipe: cette information fait partie de l'organisation des soins et peut aider à clarifier les étapes du suivi. Dans certaines zones, des équipes mobiles ou des relais communautaires organisent des dépistages à proximité des villages, ce qui réduit la distance à parcourir pour une première mesure.
Le suivi entre les visites compte aussi
Le premier dépistage ouvre un parcours; il ne le termine pas. Les rendez-vous de suivi servent à vérifier si l'enfant reprend du poids, si son état général s'améliore et s'il tolère les soins recommandés. Ils permettent aussi de réagir en cas de difficulté. Une famille qui ne peut pas revenir à la date prévue gagne à prévenir le centre ou le relais communautaire dès que possible, afin de connaître les options disponibles. Une visite manquée n'efface pas le diagnostic: elle retarde simplement la réévaluation et l'adaptation éventuelle du traitement.
À la maison, l'observation quotidienne complète le suivi professionnel. Il est utile de noter les changements qui vous inquiètent: l'enfant mange moins, semble moins actif, perd du poids ou présente de nouveaux symptômes. Ces signes peuvent avoir plusieurs causes; ils ne désignent pas à eux seuls la malnutrition. Les partager avec un soignant donne cependant des repères concrets pour évaluer l'enfant. Tenir un petit carnet des prises de périmètre brachial entre deux rendez-vous peut aider à montrer une tendance plutôt qu'un chiffre isolé.
Les soins nutritionnels s'inscrivent aussi dans la santé de l'enfant au sens large. Une infection peut diminuer l'appétit et accroître les besoins de l'organisme; une alimentation insuffisante peut, à son tour, fragiliser l'enfant. Cette relation explique pourquoi le traitement nutritionnel s'accompagne d'une attention à l'état clinique et au développement, plutôt que de s'arrêter à une mesure de bras. La vaccination à jour, le déparasitage systématique et l'accès à une eau de qualité font partie des éléments qui soutiennent la récupération.
La projection de deux millions d'enfants concernés pour la période 2025-2026 rappelle l'ampleur du besoin, mais elle ne permet pas de déduire la disponibilité d'un service précis dans chaque localité. Le nombre actualisé de centres fonctionnels par province n'est pas établi ici. Pour une orientation concrète, le point de départ reste le centre de santé, l'agent de santé communautaire ou le relais nutritionnel de votre zone.
Le dépistage par le périmètre brachial peut rapprocher le repérage des familles et donner une première alerte. La suite repose sur une évaluation, une orientation adaptée à la gravité et un suivi régulier. Si une mesure vous inquiète ou si votre enfant mange difficilement, paraît très faible ou présente un gonflement des deux pieds, demandez conseil à un professionnel de santé. Vous n'avez pas à interpréter seul chaque signe: votre vigilance aide à ouvrir la porte des soins, étape par étape.