Maladies vectorielles : l'OMSA exhorte à une vigilance accrue face à la recrudescence des foyers
Données WAHIS à l'appui, l'Organisation mondiale de la santé animale (WOAH) appelle ses membres à renforcer la surveillance et la préparation face aux maladies à transmission vectorielle.

Entre 2015-2022 et 2023-2025, les déclarations de fièvre catarrhale ovine (bluetongue) sont passées de 9,1 à 38 événements épidémiologiques exceptionnels en moyenne annuelle. Pour un pays sahélien comme le Tchad, où l'élevage transhumant structure l'économie rurale, la tendance impose une lecture méthodique, pas une panique.
La hiérarchie des hausses
La fièvre catarrhale ovine concentre l'essentiel de la progression, portée par l'incursion du sérotype BTV-3 dans le nord-ouest de l'Europe à partir de l'automne 2023. La fièvre du Nil occidental, zoonose capable de provoquer une encéphalite humaine, passe de 8 à 55 événements annuels moyens. L'anémie infectieuse équine progresse plus modestement, dominée par les déclarations issues des Amériques. La dermatose nodulaire contagieuse (lumpy skin disease), deuxième pathologie la plus notifiée à la WOAH depuis 2005, reste proche de son niveau de base en événements, mais étend sa distribution de l'Afrique vers le Moyen-Orient, l'Europe et l'Asie. Le changement climatique agit comme moteur principal, aux côtés des modifications d'usage des sols, de l'écologie des vecteurs et de la mobilité animale et humaine.
Conséquences opérationnelles pour le Tchad
L'Afrique demeure la principale région affectée par la fièvre de la Vallée du Rift, maladie pour laquelle des vaccins existent. Pour les services vétérinaires tchadiens, la priorité de méthode tient en trois points: cartographier les vecteurs présents, former les agents de santé animale aux suspicions cliniques, standardiser les déclarations à WAHIS. Le déploiement vaccinal suppose des chaînes du froid fonctionnelles et des campagnes coordonnées entre pays de la sous-région. La transhumance ignore les frontières administratives: un foyer non déclaré au Nigeria, au Soudan ou en RCA se manifeste au Tchad quelques semaines plus tard.
Lire la tendance sans la surinterpréter
Les chiffres WAHIS reflètent des événements déclarés, pas une mesure directe de l'incidence. L'intensité de la surveillance, la capacité diagnostique et les pratiques de notification modèlent les courbes au même titre que les modifications réelles de la circulation des agents pathogènes. L'effort utile ne consiste pas à extrapoler les chiffres européens au contexte sahélien, mais à renforcer la granularité locale: taux de suspicion clinique, couverture vaccinale effective, délai entre détection et notification. C'est sur ces indicateurs intermédiaires que la stratégie de vaccination gagne à s'appuyer, plus que sur la lecture isolée des courbes internationales.